CHOISIR LA FAÇON DE SE NOURRIR
Notre civilisation vit d’étranges paradoxes concernant la nourriture.
-L’acte de se nourrir est très intime : juste après ses premières respirations, c’est agrippé au sein maternel, que le nouveau-né, consomme son premier repas. Mais l’homme moderne consacre aujourd’hui très peu de temps à son alimentation. Il l’a considérablement standardisée. Et il confie naïvement la constitution de son bol alimentaire à des cuisiniers à la chaîne, des producteurs industriels, des distributeurs à grande échelle…
– Aujourd’hui dans le monde, on meurt davantage de trop manger que de ne pas manger assez. Les pays industrialisés, voient nombre de « maladies nutritionnelles », avec la surconsommation d’aliments trop gras, trop sucrés, trop salés ou un excès d’apport énergétique combiné à la sédentarité. L’objectif permanent de réduire le coût ainsi que le temps de préparation et de consommation des repas, donne à cette époque l’empreinte du « fast-food », puis de la « malbouffe », avec les répercussions que l’on connaît sur la santé ainsi que sur l’environnement.
Mais on prend actuellement conscience que le droit de chacun au « bien manger » va de pair avec une alimentation plus équilibrée et mieux partagée, une agriculture plus respectueuse des hommes et de la nature, et plus généralement, avec de meilleures pratiques citoyennes. Les enjeux alimentaires dépassent aujourd’hui de très loin les frontières et nous affectent tous, citoyens, producteurs ou consommateurs. Les déterminants du comportement alimentaire sont multiples : ce sont des facteurs biologiques, psycho-affectifs, culturels, économiques, cognitifs, philosophiques, moraux, spirituels.
Cette intervention prend donc le parti de ne pas énoncer de « recettes miracles » ni de menu type. Il s’agira plutôt d’aborder quelques réflexions sur nos habitudes culinaires et leurs conséquences, et de suggérer quelques transformations individuelles et collectives nécessaires sur les plans écologique, sociétal, psychologique, et spirituel en évoquant l’Enseignement de Sa Sainteté le Seigneur HAMSAH MANARAH.
I – SUR LE PLAN ECOLOGIQUE
Nous sommes passés de 60% à 2% de population paysanne, remplacée par l’industrialisation. La promesse de l’industrialisation alimentaire a été de nourrir davantage de population, et cette promesse a été tenue, ce qui a constitué un progrès. Elle a aussi permis un progrès indéniable dans l’hygiène de la nourriture d’un point de vue bactériologique. Mais pour chaque situation évoluant dans le temps, ce qui est considéré comme solution à un moment donné peut devenir un nouveau problème à résoudre par la suite.
Cette nourriture industrielle n’est absolument plus saine d’un point de vue chimique, entraînant la disparition du bon sens culinaire des individus et constitue un problème de santé publique. Et la culture intensive appauvrit et pollue les sols. Nous constatons depuis plusieurs années une perte considérable de biodiversité.
« L’inconscience et les erreurs de l’homme l’ont poussé à détruire, plus ou moins directement le patrimoine naturel », [1] dit le Seigneur HAMSAH MANARAH, rendant prémonitoire cette phrase de Geronimo : « Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors on saura que l’argent ne se mange pas ».
Seules des contraintes extérieures à la société mondiale, comme des catastrophes écologiques confirmant les alertes de nombreux scientifiques, paraissent pouvoir modifier le cap. Fort heureusement, beaucoup d’expérimentations dans ce sens existent aujourd’hui dans tous les domaines : les initiatives de cultivateurs respectueux de la terre et des humains ont par exemple été évoquées dans l’exposé sur l’agriculture. Bien souvent ce sont les initiatives de minorités qui sont à l’origine de transformations profondes d’une société comme le montre Serge Moscovici (psychologue social et historien des sciences) [2].
En proposant des solutions alternatives, les minorités jouent un rôle précieux d’agent novateur, de changement. Elles créent de nouvelles façons de voir le monde, d’autres modes de vie, apportent de nouvelles idées dans des domaines variés, et surtout amènent d’autres personnes à accepter ces changements, souvent sans qu’elles en aient conscience. Nous en donnerons un aperçu sur le plan sociétal.
II – SUR LE PLAN SOCIETAL
Il nous faut rappeler que les inégalités se répercutent jusque dans l’assiette : tous les foyers ne peuvent consacrer le même budget à l’alimentation. 5 fruits et légumes par jour, semble être un privilège de riches.
Cependant Priya Fielding-Singh [3] sociologue à l’université de Stanford apporte un autre éclairage que le prix du repas, sur le constat que les foyers les plus modestes ont une alimentation moins équilibrée. D’abord parce que la « malbouffe » a aussi un prix : un passage au « fast food » pour toute la famille est plus onéreux qu’un plat fait maison. Ensuite parce que, selon cette sociologue, la « malbouffe » pourrait faire oublier les autres privations (pas de chaussures de marque, pas de chambre individuelle, pas de vacances en famille, etc..) : « La nourriture est une manière immédiate et peu coûteuse de créer une expérience positive dans un contexte difficile : elle permet d’atténuer les privations du quotidien ». Pour les parents plus aisés, il est plus facile de refuser un paquet de bonbons car il leur sera possible d’offrir aux enfants des plaisirs différents. Enfin, parce que c’est davantage la qualité des produits que leur nature qui est sacrifiée, d’autant que ne l’oublions pas, les enfants sont la cible principale des publicités.
Face à ce constat, des initiatives minoritaires là encore se font connaître et témoignent de leur succès, comme les ventes solidaires de fruits et légumes en circuit court, entre consommateurs et agriculteurs se multiplient, et permettent aux uns d’avoir accès aux fruits et légumes à moindre coût, et aux autres d’être mieux payés en l’absence d’intermédiaires.
Revenons sur la pensée de Serge Moscovici, qui brièvement consiste à avancer que l’on ne peut pas demander à une institution d’être réactive et innovante. Ce sont les minorités qui peuvent expérimenter à petite échelle. Si l’expérience est concluante et reconductible, alors le curseur de l’institution va se déplacer vers de nouveaux comportements. Quelques exemples :
– Un rapport de l’Anses ( Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ) souligne : « Il semblerait que les tendances actuelles de recherche d’une alimentation plus saine et la crainte des consommateurs envers les additifs aient incité les industriels à revoir les listes d’ingrédients de leurs produits, en réduisant l’utilisation d’additifs. » [4]
– Différents courants – du végétarisme au véganisme devenu phénomène de société – ont incité à réduire, voire à supprimer la consommation de viande qui a baissé de 12% au cours des dix dernières années [5].
Cela est lié à 3 causes principales : La prise de conscience concernant la cruauté envers les animaux dans l’élevage industriel et les abattoirs.
Le souci de la santé humaine : toxines dues à l’alimentation et aux traitements médicamenteux dans l’élevage intensif, mise en garde de l’OMS sur les problèmes liés à la surconsommation de viande.
Nécessité écologique, de réduire la consommation d’eau et de céréales utilisées pour l’élevage intensif. [6] Selon Greenpeace, en Amazonie brésilienne, par exemple, 63% de la déforestation est due à la culture du soja pour l’élevage, ce qui nuit à la biodiversité et au climat. [7]
Conséquences :
– L’alimentation « végé » ou « vegan » a sa place dans la grande distribution et beaucoup de restaurants. Elle suscite la créativité des fabricants qui veulent flatter tous les goûts : on voit maintenant du végétal qui doit absolument ressembler à de la viande !!!
– En France, il y a obligation depuis le 1er novembre 2019 pour les cantines scolaires de proposer un menu végétarien par semaine, puis d’ici 2020, de faire passer à 20% l’utilisation de produits bio dans les cantines scolaires et la restauration collective. (Loi EGalim) [8]
III – SUR LE PLAN PSYCHOLOGIQUE
Chacun sait qu’il y a danger à ne pas changer. Mais l’individu, lorsqu’il est en société, subit la pression de la majorité qui reste attachée à ses habitudes et il réagit différemment que lorsqu’il est seul. Il y a donc des résistances face au changement. Selon l’approche de Sébastien Bohler, docteur en neuroscience, quelque chose dans notre cerveau ferait passer notre plaisir immédiat avant la sauvegarde de la planète ! C’est la thèse qu’il défend dans son dernier essai : Le bug humain. [9] Ce bug est relatif au striatum, une petite structure nerveuse qui se situe au niveau du cerveau, et sécrète la dopamine. Celle-ci provoque la sensation de plaisir immédiat de manger, de se reproduire, de vaincre, actions utiles pour la survie en tant que nécessité à court terme.
Même si ce besoin ancestral de survie a disparu de notre civilisation, le striatum serait aujourd’hui la cause de notre difficulté à penser le long terme… Il nous fait préférer : 10€ tout de suite plutôt que 15€ dans un an (pour un adulte), Une friandise tout de suite plutôt que deux dans 5 minutes (pour un enfant)
Heureusement, ce « bug humain » peut être dépassé : le striatum peut se « domestiquer » ! L’individu peut être éduqué au long terme et à des plaisirs non néfastes : l’altruisme, par exemple, réveille le circuit de la récompense autant que l’égoïsme. Cette approche confirme l’importance de l’éducation comme base du changement, en particulier dans le domaine alimentaire. Mais cette éducation, à commencer par celle des adultes, ne concerne pas seulement la composition des repas. Elle prend en compte le rapport de l’homme à la nature qui offre la nourriture, la façon de la préparer, de la consommer. Tout cela revêt une grande importance dans l’Aumisme, ce qui nous amène à passer au 4ème point.
IV – SUR LE PLAN SPIRITUEL
« Si l’homme aspire à un développement harmonieux, à un épanouissement, dit le Seigneur Hamsah Manarah, il doit prêter à l’étude de son alimentation une attention particulière ».[10] « Manger n’importe quoi, quand on peut faire autrement, équivaut à mépriser son propre corps. » [11] Rappelons que le corps est ici considéré comme le temple de l’âme. La confection des repas nécessite une attention particulière dans tous les courants religieux. Il y a dans certains des prescriptions alimentaires : interdiction de consommer certains aliments, abattage ritualisé des animaux, périodes de jeûne…
Chaque tradition commence le repas par une prière. La sobriété prédomine dans les monastères, les ashrams où les repas se prennent en silence, avec recueillement. L’Aumisme conseille, autant que possible, des repas sains, équilibrés, suffisants, bien sûr sans gaspillage et adaptés à chacun : « Ce que l’on doit manger doit être considéré en raison de la qualité, de la valeur alimentaire, de la nature des activités visées, même du but à atteindre. » [12] Il faut éviter toute carence en particulier chez les enfants qui ont besoin d’une alimentation diversifiée.
Le végétarisme est préconisé : « Tu t’abstiendras de viande animale et de poisson si tu le peux » dit le Seigneur Hamsah Manarah.
La nécessité de prendre en compte le bien-être animal a été développée dans l’exposé sur notre responsabilité envers les animaux. Nous savons que la constitution de l’homme, proche de celle du primate n’est pas celle d’un carnivore comme le lion par exemple. Ajoutons que la viande est riche en purines et autres toxines. Elle véhicule des énergies notamment celle du stress énorme de la bête que l’on tue et que l’on élève trop souvent dans des conditions déplorables. L’homme, en maltraitant les animaux avant de les digérer, ne se respecte pas lui-même. De plus, la nourriture végétarienne pourrait nourrir l’humanité d’un point de vue de la surface agricole : plus de la moitié des protéines mondiales annuelles sert à la production animales (il faut 16 kg de protéines végétales pour constituer 1 kg de bœuf)
Par ailleurs, il faut savoir que : « viande, poisson, alcool, tabac renferment des éléments « rajasiques » et « tamasiques », en rapport avec les passions, l’inertie, la paresse, l’enracinement dans la matière ».[13] « La nourriture influe sur la santé, le caractère, les passions, les dispositions intérieures, les états de conscience, le comportement en général. »[14]
Pour ceux qui souhaitent pratiquer la méditation, effectuer un travail spirituel plus poussé :
« L’homme ne doit jamais oublier que la nourriture a une importance prépondérante car elle n’influence pas seulement le corps de chair mais a aussi une incidence sur ses corps subtils.» [15] « L’adepte qui veut intensifier son travail spirituel doit évoluer progressivement vers le végétarisme ».[16] Et « En cas d’impossibilité, tu béniras l’âme groupe sacrifiée avant que de la manger… », indique le Seigneur Hamsah Manarah. [17]
Il est important de purifier la nourriture et d’élever son taux vibratoire par la prière car les aliments s’imprègnent des vibrations émises par la nature réagissant aux agressions et par des pensées humaines négatives. Cela est expliqué dans le livre L’Aumisme, la Doctrine de l’Age d’Or, au chapitre XII. Cuisiner les aliments nécessite donc un état mental calme et bienveillant. Ensuite, à table, il est important de préserver une atmosphère de paix de sérénité et de joie. Une bonne digestion dépend de la qualité de la nourriture mais aussi des conditions psychologiques dans lesquelles elle est consommée.
Il est préférable de s’abstenir de manger :
– sous le coup d’une émotion négative : colère, peur, stress, contrariété
– si l’on a pas faim
– si l’état de santé le nécessite : une diète favorise la désintoxication de l’organisme
Quant au jeûne, il doit être pratiqué par ceux qui le veulent de façon progressive et équilibrée. L’Enseignement aumiste n’incite jamais à la mortification qui affaiblit le corps ! Des jeûnes courts et réguliers, des cures de fruits sont bénéfiques pour la santé. Un jeûne long s’assurera les garanties d’un suivi médical. Quel que soit son régime alimentaire, chacun peut évoluer en conscience, comprenant que sa survie est dépendante de son environnement. Chacun a la possibilité d’exprimer sa reconnaissance en bénissant les règnes de la nature et en souhaitant que tous les êtres puissent manger à leur faim dans le respect de notre Terre-Mère. Les aumistes considèrent comme un devoir de prier pour tous les règnes de la Nature afin qu’ils s’harmonisent et qu’ils évoluent dans le bon sens du terme. Pour élever le taux vibratoire de la nourriture, ils chantent mentalement ou à haute voix le son OM, en visualisant la lumière blanche qui a des vertus purificatrices.
Pour conclure, voici une « prière pour la bénédiction des repas » [18] :
OM OM OM
« Que l’Amour, la Paix, le Bonheur, la Prospérité, la Santé, la Protection, la Béatitude soient pour tous les êtres dans toutes les directions de l’espace : au nord, à l’est, au sud, à l’ouest, au zénith et au nadir.
Que la bénédiction soit sur tous les éléments, tous les élémentaux de la terre, de l’eau, de l’air, du feu et de l’éther.
Que la bénédiction se répande sur toutes les plantes, tous les animaux et tous les humains.
Que la bénédiction se répande sur la terre entière, et tout l’univers.
Que tous ceux qui ont faim et soif soient rassasiés,
Que l’abondance et la prospérité soient pour tous,
Que tous les êtres atteignent la condition de libérés dans le CHRIST COSMIQUE, la condition de DARPANA BOUDDHAS.
Rendons grâce aux Puissances célestes de bénir la nourriture que nous prendrons afin de mieux servir. »
OM OM OM
Que l’Amour, la Paix et l’Harmonie règnent parmi tous les hommes.
OM SHANTI – SHANTI – SHANTI
OM PAIX – PAIX – PAIX
V. Sumedhya
Diplômée de l’E.P.F. diplômée en naturopathie et Hatha- Yoga
*******
[1] S. HAMSAH MANARAH La Doctrine de l’Aumisme, p. 411
[2] Serge moscovici, Psychologie des minorités actives, 1976, rééd. Puf, 1991
[3] A Taste of Inequality : Food’s Symbolic Value Across the Socioeconomic Spectrum. Priya Fielding-Singh, 2017
[4] Rapport 2019 Anses : Bilan et évolution de l’utilisation de l’utilisation des additifs dans les produits transformés
[5] Enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie -Credoc– juillet 2019
[6] Voir chiffres sur : https://blog.lendopolis.com/energies-renouvelables/impact-alimentation-environnement/
[7] https://www.greenpeace.fr/elevage/
[8] https://agriculture.gouv.fr/egalim-depuis-le-1er-novembre-un-menu-vegetarien-par-semaine-dans-toutes-les-cantines-scolaires
[9] Sébastien Bohler, chroniqueur dans l’émission « La Tête au carré » sur France Inter et dans « 28 minutes » sur Arte, directeur de la revue Cerveau & Psycho), auteur de Le bug humain, Robert Laffont, 2019
[10] S. HAMSAH MANARAH, La Doctrine de l’Aumisme, p.423
[11] S. HAMSAH MANARAH, La Doctrine de l’Aumisme, p.425
[12] Idem, p.425
[13] S. HAMSAH MANARAH Naturopathie et Yoga, p.93
[14] S. HAMSAH MANARAH, La Doctrine de l’Aumisme, p.424
[15] S. HAMSAH MANARAH, La Doctrine de l’Aumisme, p.427
[16] S. HAMSAH MANARAH Naturopathie et Yoga, p.95
[17] S. HAMSAH MANARAH La Loi d’Evolution des Ames,p. 327
[18] S. HAMSAH MANARAH La Doctrine de l’Aumisme, p.432