JEUNES EN RUPTURE : RESTAURER LE LIEN SOCIAL
« Ensemble pour la paix », c’est pour le travailleur social, l’éducateur, tenter d’apporter de l’aide pour que les adolescents puissent sortir de l’ornière de la violence, se réconcilier avec eux-mêmes et la société.
I – DES JEUNES « EN RUPTURE »
L’adolescence est déjà un temps de transformation et donc de rupture avec l’enfance.
Mais certains vont jusqu’à défier la société en transgressant ses lois et en commettant des actes de délinquance plus ou moins graves. Ils se sentent plus « libres » en travaillant dans un réseau avec ses codes spécifiques, pour gagner rapidement de l’argent et payer, entre autres, leur consommation de stupéfiants quitte à en subir les risques.
Pour d’autres, commettre des violences sur autrui permet de juguler leur insécurité, leur peur, de montrer et de prouver leur force au groupe de pairs. Voler, cambrioler, mettent également en échec la vie d’un adolescent et se répercutent sur la société.
II – LES CONSEQUENCES
Pour eux-mêmes, c’est la détérioration de l’estime de soi, l’absence de perspectives positives, et l’engrenage autodestructeur des addictions : la consommation de stupéfiants devient un refuge, un remède. Les autres sont perçus comme des étrangers qui ne représentent pas un appui suffisamment solide et sécure leur permettant de se projeter dans un quelconque avenir.
Pour leur famille qui ne reconnaît pas son enfant dans ce qu’il a commis, ne le comprend plus, le rejette parfois ou le surprotège. Le regard des autres, des institutions est douloureux. Le sentiment de honte et de culpabilité, de part et d’autre, accentue la rupture de la communication intrafamiliale.
Pour la société : la rupture de la communication, la défiance envers le monde des adultes et des institutions censées les aider mettent l’adolescent à la marge.
Le quotidien de ces jeunes est régi par l’immédiateté, la pulsion, le refus de tout effort. Ils vivent dans « leur monde », avec leurs règles et leurs lois. Ainsi, ils remettent en cause et n’acceptent pas les fondements et valeurs de la société, dont ils font toutefois partie.
C’est dans ce contexte de souffrance et de violence qu’interviendra l’éducateur afin de les aider à changer de perspectives, à évoluer pour retrouver l’équilibre et une place au sein de la société.
III – LE TRAVAIL DE L’EDUCATEUR EN LIEN AVEC L’ENSEIGNEMENT AUMISTE
L’éducateur tentera d’infléchir un parcours, une dynamique négative, en agissant à différents niveaux. Par exemple pour favoriser la réinsertion ou travailler sur la santé globale. Pendant plusieurs mois, voire années, il rencontrera l’adolescent mais aussi sa famille, partie prenante de ce suivi. La relation est l’outil principal du travailleur social.
Il s’agira alors de mettre en œuvre tout ce qui lui semble nécessaire à l’évolution de la situation, des mentalités, des relations, afin de changer de paradigme.
En particulier :
Poser un cadre ferme afin de nouer un lien solide
Cela commence avec le respect des horaires, des rendez-vous, de la tenue, du langage…
Un effort continu est sollicité en vue d’inscrire des victoires même minimes au tableau de celui qui se mobilise et s’il peine à mieux faire, les tentatives s’égrenant au fil des semaines et des mois comptent tout autant.
Le Seigneur HAMSAH MANARAH nous enseigne que les actes quotidiens sont importants si l’on veut parvenir à effectuer de grandes choses. Le contrôle des gestes évite « ces grandes déperditions d’énergie en gestuelle désordonnée, en actions irréfléchies que l’on regrette amèrement par la suite. » [1].
Cette exigence dès le départ du suivi éducatif, circonscrit un espace où l’adolescent aura la possibilité de parler, pour peu que l’on ne soit pas effrayé par le manque de respect, la violence des récits de vie, des propos, le déni. Le regard bienveillant de l’éducateur, un amour inconditionnel quel que soit l’acte commis est un puissant ciment dans leur relation. Ce n’est pas un amour béat mais une attention permanente ramenant l’adolescent à sa juste place, à sa qualité de sujet responsable de ses actes, paroles et pensées.
A ceux qui ont mal agi par le passé, qui n’ont pas su résister à leurs pulsions, à leur violence, il est nécessaire d’apprendre aussi à mieux se considérer.
Favoriser un meilleur regard sur soi
Un auteur de délit ou de crime est rarement satisfait ou fier de ce qu’il a fait, même s’il lui arrive de montrer ou dire le contraire dans un esprit de provocation ou de dénégation.
Il sait que sa famille est impactée, il a honte de causer des soucis à son entourage, en veut à la justice. Il ne s’aime pas.
L’éducateur a pour mission d’inscrire l’adolescent dans une dynamique positive et évolutive. Il l’accompagne
- dans la rupture d’avec son quotidien
- dans des actions lui prouvant qu’il est capable de respecter les règles sociales, de tester des réussites mais aussi d’analyser ses échecs en présence de l’adulte.
L’adolescent apprend à se connaître, à se percevoir différemment, au lieu de se plaindre : « Je suis une victime, personne ne m’aime, la société m’en veut ».
Bien se connaître est un devoir selon l’enseignement du SEIGNEUR HAMSAH MANARAH. Cela permet de mieux comprendre autrui.
Faire émerger la notion de l’altérité
L’éducateur ne réduit pas l’adolescent auteur d’actes de délinquance à ce qu’il a fait. Il porte un regard neuf sur sa situation. Il croit à ce qu’il a de meilleur en lui mais qu’il ne connaît peut- être pas encore. Il lui donne, lui prête sa capacité à espérer le meilleur, à ne plus s’identifier à ses erreurs passées.
Il n’oublie pas que chacun a de bons côtés, car selon l’Aumisme, le Divin est en chacun[3].
Son travail a aussi pour but d’engager et d’aider l’adolescent à parler des faits, même si cela est difficile, à les nommer, les questionner car comme le dit le SEIGNEUR HAMSAH MANARAH ce qui est stimulant c’est ce qui pousse à l’interrogation, à la prise de conscience de toutes les situations.[4]
En évoquant la personne ayant subie le préjudice, l’éducateur aide à l’émergence de la notion de responsabilité et d’altérité (la reconnaissance de l’autre). Car souvent à ses yeux, la victime n’existe pas et il se considère lui-même comme une victime.
Notons que la justice restaurative est un outil efficace. Par la création d’un espace de dialogue entre auteur et victime, elle restaure l’humanité dont ils ont tous deux été privés par la violence du passage. Un chemin possible vers le pardon à soi-même et à autrui qui permet, comme dit le Seigneur HAMSAH MANARAH, d’avancer « libre de tout ressentiment, de toute rancune, de tout désir de vengeance. » [5]
Aider le jeune à faire la paix avec le monde des adultes
L’éducateur est déjà un autre, un être singulier, différent et méconnu, comme celui qu’il accompagne. Cette reconnaissance respective est la première marche dans l’acceptation de l’autre.
Il convient aussi de travailler avec les parents afin de
- comprendre le schéma et la dynamique familiale
- rompre leur isolement
- favoriser le retour à une relation apaisée avec leur enfant
- redéfinir, si besoin, la place de chacun
Nous pouvons proposer aux parents des groupes de paroles. Chaque participant pouvant contribuer, par un partage d’expérience, au mieux- être des autres.
Il est aussi possible de s’appuyer sur différents partenaires institutionnels, par le biais de stages ou de rencontres, afin de favoriser la pacification des relations de part et d’autre.
CONCLUSION
Par son action, et s’il le peut aussi par la prière, l’éducateur s’efforce de préparer avec les autres acteurs sociaux ou institutionnels, le terreau nécessaire pour restaurer le lien social. Il plante de son mieux des graines de respect, de bienveillance et d’espoir et aide par son approche à retisser du lien entre tous.
Ainsi, restaurer le lien social rejaillit sur la paix et va dans le sens d’une société d’Âge d’Or qui « doit se recomposer autour des valeurs de tolérance, d’unité, de fraternité et de solidarité ». [6]
Pr. Florence
[1] Vers un Age d’Or d’Unité, p.141
[2] Le Yoga de la Vie Pratique , p 59
[3] Vers un Age d’Or d’Unité, p.148
[4] Vers Un Age d’Or d’Unité, p. 48
[5] La Loi d’Evolution des Ames, p. 319
[6] Vers un Age d’Or d’Unité, p. 370